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La république des lettres

Lettres, livres & littérature

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La fiction littéraire développe l'empathie et l'intelligence émotionnelle

La république des lettres —

La revue Science va apporter un peu de soleil aux éditeurs de fiction littéraire : selon les chercheurs David Comer Kidd et Emanuele Castano, psychologues sociaux à la New School for Social Research, basée à New York, ce genre littéraire a des effets positifs sur les aptitudes sociales. Lire rend plus sociable. Merveilleux.

Dans le cadre de leur étude, les chercheurs ont soumis leurs cobayes à quelques minutes de lecture d'oeuvres de Don DeLillo ou Alice Munro. Par la suite des tests concernant la mesure d'empathie, la perception sociale ou l'intelligence émotionnelle ont été pratiqués. Par contraste, on a donné à lire aux mêmes sujets des documentaires du magazine Smithosian, ou encore de la fiction populaire, Danielle Steel ou Gillian Flynn.

Theory of Mind, ou la recherche de liens sociaux

Cependant, il faut souligner que les chercheurs sont passés par le système Mechanical Turk d'Amazon, qui offre aux personnes de gagner un peu d'argent en effectuant de menus travaux de recherche. Ainsi, les gens étaient payés 2 à 3 $ pour effectuer leurs lectures. Cet élément financier pourrait exercer une influence difficile à mesurer dans le cadre de l'expérimentation, dont les chercheurs font abstraction.

Parmi les tests effectués, après la lecture d'oeuvres fictionnelles littéraires, 36 photos étaient présentées, et les étudiants devaient trouver quatre adjectifs pour qualifier les émotions ressenties. L'empathie se dégageait de manière systématique, et la causalité entre les oeuvres lues et les commentaires des sujets sont indéniables. Un autre test consistait à présenter des yeux d'acteur en noir et blanc, et d'indiquer l'expression qui se dégageait du regard.

De précédentes études avaient déjà fait la preuve que la lecture, plus généralement, est en mesure d'apporter au lecteur des champs émotionnels plus larges, autant que de développer leurs appétences sociales.

Les deux scientifiques ont conceptualisé leur modèle autour de la Theory of Mind, considérant qu'au travers des cinq scénarios de lecture qui ont été soumis aux personnes, ont remarqué que des traits communs se dégagent. Ils assurent que la fiction littéraire place le lecteur dans des contextes sociaux complexes, voire inconnus, qui les installent dans des nouvelles réalités de l'existence. Cette expérimentation par procuration, avec un effet d'identification aux différents personnages permet de développer une empathie qui permet de mieux gérer les situations inédites.

Expérimenter des réalités nouvelles

Ainsi, un auteur comme Dostoïevski, brosse le tableau de personnages multiples, qui représentent autant de vision de la réalité, multipliant les points de vue, autant que les motivations et les interactions. Aucun d'entre eux n'a plus de valeur que les autres, et tous sont faillibles, mais dans cette dialectique, le lecteur est soumis aux aléas des focalisations proposées : il expérimente la vie - l'avis - de chacun, adoptant tour à tour leurs positions.

« Tout comme la vraie vie, les mondes des fictions littéraires sont remplis d'individus complexes, dont la vie intérieure est rarement facile à discerner, mais offre différentes pistes. Les mondes fictionnels présentent cependant moins de ‘risques' que le monde réel, tout en permettant de prendre en compte les expériences d'autres, sans avoir à faire face aux conséquences angoissantes de ces vies », précisent les auteurs de l'étude.

A contrario, la fiction populaire présente des stéréotypes très attendus, des personnalités figées, ou relativement prévisibles, dans un environnement plutôt familier. En bousculant le lecteur, la fiction littéraire devient alors plus porteuse de sens.

En 2011, une étude de l'université de Buffalo avait donné à lire des extraits de textes de Stephenie Meyer et JK Rowling. Il s'agissait de l'adolescence en tant que vampire qu'Edward Cullen raconte à Bella, ou la répartition des écoliers dans les différentes maisons de Poudlard.

Le journal Psychological Science qui publiait les résultats de cette étude précise : « La recherche actuelle suggère que les livres proposent aux lecteurs de s'immerger et de se plonger dans des mondes imaginaires. Les livres offrent donc la possibilité de créer un lien social ainsi que le calme apaisant de devenir une partie de quelque chose de plus grand que soi, pour un instant précieux et éphémère. »

Améliorer les rélations dans les écoles ?

Pour autant, les conclusions de cette nouvelle étude laissent planer quelques zones d'ombre : par exemple, quel est le réel impact de la littérature sur le comportement, ou encore, combien de temps l'influence de l'oeuvre lue peut durer. Enfin, lire Proust ou Joyce, voire Thomas Pynchon a-t-il les mêmes incidences sur le lecteur, attendu que leurs oeuvres sont connues pour être plutôt rebutantes et complexes ?

Cependant, les approches des chercheurs pourraient avoir une certaine influence sur les programmes scolaires, dans la constitution des corpus présentés aux élèves.

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