Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La république des lettres

Lettres, livres & littérature

Partager

ARCHIVES: Jean Watson Charles, « Un doux petit rêveur : une île au bout de la langue »,

La république des lettres —
ARCHIVES: Jean Watson Charles, « Un doux petit rêveur : une île au bout de la langue »,

Un doux petit rêveur : une île au bout de la langue / notes de Lectures

Paru en septembre 2012 dans la collection « Encres Lointaines » des éditions « Les 2 Encres », Un doux petit rêveur est un récit dans lequel un narrateur omniscient raconte la vie d’un jeune métis vivant sur une île en proie aux contradictions existentielles. Construit en trois parties, ce récit tisse un lien fondamental avec sa géographie. Cette île, symbole de l’enfermement de l’homme livré à lui-même dont l’image n’est pas loin d’un Sisyphe, témoigne d’une sorte d’exotisme de la solitude dans lequel l’homme ne peut s’échapper.

Benjamin qui incarne un Crusoé dans une société moderne, et qui souffre d’un complexe d’infériorité par rapport aux autres :

« L’oubli était le lot quotidien de Benjamin. Non seulement il était isolé des habitants des lointaines contrées du Nord, mais on le tenait également à l’écart de sa propre communauté » (P. 11). Ne serait-ce parce qu’il n’avait pas connu son père ou parce qu’il est lui-même confronté à une contradiction ambiante, géographique ou identitaire ?

A travers ce récit, se jouent des analogies troublantes et des mises en abîme de la fable comme procédé narratif. Benjamin est un enfant sur qui pèse une double histoire : un bonheur illusoire comme quête de soi-même et une libération identitaire au-delà des clivages culturels et idéologiques. « Benjamin se pensait comme un peine-insulaire non seulement parce qu’il peinait à communiquer sur la Presqu’île de l’Oubli mais aussi parce que sa condition d’îlien le chagrinait. Sous prétexte que les presqu’îliens étaient reclus, personne ne leur accordait la moindre importance. Ils ne parvenaient pas à éveiller une quelconque sollicitude alors qu’ils étaient bien là dans ce que ceux d’en face appelèrent la Forteresse Vide. Les presqu’îliens étaient délaissés, des laissés-pour-compte » (P. 32).

Cette situation de réclusion engendre chez le narrateur un système social ou le met en confrontation à ce système et l’oppose à celui de Fil, qui lui-même, on le voit dans la deuxième partie du récit, a reçu une éducation de sa mère qui le guide à vivre et qui le rend apte à vivre dans ce système. Car la mère de Fil l’avait « initié » dès son jeune âge aux Lettres, même s'il finira par laisser cette étude pour un retour aux champs (champs des possibles) dont le symbole revoie à un retour de l’homme à la nature et tourne son regard vers une bonté naturelle. Ne serait-ce pas une vision rousseauiste du narrateur ? La figure maternelle, hautement symbolique dans le récit, domine la structure narrative et renvoie le lecteur à une analyse du regard vers l’enfance.

Cette fable qui se mêle d’ironie, d’amour, est une autre façon de connaître l’autre en soi. Elle ne nous entraîne pas dans une géographie de la peur ou dans une élégie de la solitude, mais pose une question fondamentale : Comment habiter une île ?

L’écriture et la construction narrative de Jean-François Vernay permettent de mettre en scène et de questionner l’imaginaire culturel où la superficialité est érigée en dogme. Cette écriture spontanée presque juvénile relève d'un auteur pour qui l’enfance est une quête absolue et/ou d’absolu. Un doux petit rêveur, fable surprenante, est en réalité une recherche à la fois géographique et langagière. Le récit se situe résolument dans l’héritage du roman classique, réaliste, plein d’élégance.


Source: Jean Watson Charles, « Un doux petit rêveur : une île au bout de la langue », Revue Legs et Littérature 1, février 2013, 63-64.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article