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La république des lettres

Lettres, livres & littérature

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ARCHIVES: Recension de Xavier Pons sur Panorama du roman australien des origines à nos jours

La république des lettres —
ARCHIVES:  Recension de Xavier Pons sur Panorama du roman australien des origines à nos jours

Jean-François VERNAY. Panorama du roman australien des origines à nos
jours. Paris : Hermann, 2009, 250 page
s.

Il n’existait jusqu’ici aucun livre en français pour présenter la littérature

australienne à un public non-anglophone. Quelques rares monographies mettaient en

lumière tel ou tel auteur de réputation internationale comme Patrick White ou Peter

Carey,(1) mais il n’existait aucun ouvrage qui donne une vue d’ensemble du roman australien. Cette regrettable lacune est maintenant comblée avec la publication du Panorama du roman australien écrit par Jean-François Vernay. Ce spécialiste du

romancier Christopher Koch, sur qui il a publié une excellente monographie,(2) invite le lecteur à découvrir une production littéraire abondante et très variée, dont il retrace l’historique depuis ses débuts vers le milieu du 19ème siècle jusqu’à ses prolongements contemporains.

Le livre est structuré de façon fort originale puisqu’il se présente comme un film, une succession d’images tournées selon trois perspectives différentes : panoramiques, gros plans et contre-plongées. La métaphore filmique est soutenue d’un bout à l’autre de l’ouvrage, qui commence par une bande-annonce, et se termine par un générique. Le plaisir de la lecture se trouve accentué par le procédé

qui, s’il fait parfois un peu "gimmick", permet en outre de varier le rythme de la narration et de s’attarder sur une sélection d’auteurs ou de textes particulièrement significatifs, qui y gagnent en visibilité.

Ce panorama se veut pratiquement exhaustif, et l’on peut considérer le pari gagné, même si on regrette que Vernay n’y ait pas inclus un genre littéraire qui fait florès en Australie depuis le dix-neuvième siècle, le roman policier. De 1886–date à laquelle parut un des grands classiques du genre, The Mystery of a Hansom Cab, de Fergus Hulme–à l’époque contemporaine, où s’expriment des auteurs tels que

Gabrielle Lord, Shane Maloney, Peter Temple, Peter Corris ou Gary Disher (sans parler du célèbre Arthur Upfield, auteur des aventures de l’Inspecteur Napoléon Bonaparte, détective mi-Blanc et mi-Aborigène, écrites des années 30 aux années 60 et qui connurent un grand succès international), l’Australie, peut-être en raison de son atavisme pénitentiaire, s’est adonnée sans retenue au polar. Libre à chacun d’évaluer comme il le voudra la qualité littéraire de cette production–elle n’en forme pas moins un aspect significatif du roman australien.

Jean-François Vernay commence son panorama en posant la question de la spécificité de la littérature australienne (question qui ne saurait trouver de réponse univoque ou définitive) et en soulignant quelques thèmes caractéristiques de cette littérature ; thème de la quête, du bush, thème antipodéen, etc. Il dessine ainsi le contexte dans lequel viennent s’insérer les romans qu’il présente, qui s’en trouvent d’autant mieux éclairés. Il examine ensuite, de façon chronologique, le développement du roman australien, passant en revue la période coloniale de 1831 à 1874, l’émergence d’une conscience nationale entre 1875 et 1900, etc., pour en arriver à la période contemporaine. La perspective chronologique est entrelacée d’échappées thématiques lors desquelles Vernay examine des aspects particuliers du roman australien, tels que le roman historique, le roman aborigène ou encore la littérature dite "grunge". Cette méthode lui permet de couvrir un très vaste terrain. Mis à part le roman policier, en effet, il n’est pas de domaine littéraire qui ne fasse l’objet d’une présentation plus ou moins exhaustive mais toujours pertinente. C’était une gageure de rendre intelligible une telle profusion d’auteurs et de titres (il se publie chaque année des centaines de romans en Australie), de proposer au lecteur des perspectives à la fois claires et respectueuses des spécificités individuelles sans jamais perdre de vue le contexte très particulier de la culture australienne.

L’insertion, à intervalles réguliers, de "gros plans" et de "contre-plongées" sur tel titre ou tel auteur contribue à faire du livre une réussite : elle permet de donner du relief à certains éléments du paysage littéraire australien et d’éviter ainsi la monotonie d’un récit trop linéaire.

Malgré l’érudition incontestable de l’auteur, un projet aussi ambitieux que celui de J.F. Vernay s’expose évidemment à quelques petites erreurs. Le diable de Tasmanie est un marsupial bien réel, et non pas "mythique" (23) ; plutôt que John Glover ou Eugene Von Guérard, ce sont les peintres de l’Ecole de Heidelberg (Tom Roberts, Frederick McCubbin, etc.) dont les oeuvres forment la contrepartie picturale

des textes de la "tradition Lawson" (47). Lorsque Patrick White formula sa célèbre critique du réalisme, en 1958, il avait 46 ans, et ne méritait plus guère d’être qualifié de "jeune" (49). On ne saurait dire que le roman de Christina Stead The Man Who Loved Children soit "empreint d’australianité" (66) puisqu’il se déroule principalement aux Etats-Unis et ne concerne en rien l’Australie. Il est difficile de

soutenir qu’un conflit tel que la guerre du Vietnam a "beaucoup moins inspiré les auteurs australiens" (86) que les deux guerres mondiales, car il a quand même fait l’objet de près de 80 romans ! Le prénom du principal personnage de To the Islands, de Randolph Stow, n’est pas Heriot (97)–il s’agit-là de son nom de famille–mais Stephen. Le roman de Tim Winton que Vernay appelle The Eye, That Sky (154)

s’intitule en fait That Eye, The Sky. Ce sont là des broutilles, aisément corrigées, qui n’enlèvent rien aux réels mérites de ce Panorama, dont il faut espérer qu’il stimulera l’intérêt des lecteurs français pour la littérature australienne, encore mal connue mais désormais assez bien représentée en traduction. Le livre de Jean-François Vernay leur sera d’une grande utilité, aussi bien pour avoir une vue d’ensemble de cette littérature que pour s’informer sur un auteur particulier.

Xavier PONS

(Université de Toulouse, UTM, CAS)

1 cf. David Coad, Prophète dans le désert, Villeneuve d’Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, 1997 et Sue Ryan-Fazilleau, Peter Carey et la quête postcoloniale d’une identité australienne, Paris :L’Harmattan, 2007.

2 Water from the Moon, NY: Cambria Press, 2007.

Source: Xavier Pons, Anglophonia/ Caliban 25 (Toulouse) 2009, pp.515-517.

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