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La république des lettres

Lettres, livres & littérature

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BILAN SILO 2013

La république des lettres —
BILAN SILO 2013

Belle réussite sur un plan logistique, le SILO 2013 a permis à de nombreux invités et lecteurs de (re)découvrir la Province Nord et les charmes de sa nature. Les auteurs japonais (Ryoko Sekiguchi, Hirano Keiichiro et Jean-Paul Nishi) ont tenu une place prépondérante avec talent et il a été agréable de rencontrer des écrivains métropolitains rompus tant aux pratiques de la vie littéraire et des salons du livre qu’à celles des festivals. Parmi eux, on citera Tristan Savin qui lança avec succès sa revue Long Cours et David Fauquemberg qui verra son troisième roman, Manuel El Negro, paraître fin août 2013.

En partance pour Poindimié, un trajet de quatre heures qui stimula l’imagination, j’ai pu lire avec plaisir le premier roman de Fauquemberg, Nullarbor (2007) qui obtint le Prix Nicolas-Bouvier. Une lecture captivante que je recommande à ceux qui souhaitent appréhender l’île-continent que l’on surnomme Down Under sous des traits littéraires, car la trame narrative ne se lit pas comme un carnet de voyage (à l’inverse de L’échappée australienne, 2001, d’Annick Cojean), même si l’auteur a puisé le sujet dans son expérience de l’Australie.

Les activités intellectuelles et artistiques étaient riches, ponctuées de temps à autre par l’excellent duo clownesque « Les Bataclowns » dont le spectacle cathartique permettait d’alléger les débats et de désamorcer les tensions liées à des sujets à controverse, parmi lesquels ma communication sur les facteurs responsables de la situation de crise que traversent l’édition et la littérature néo-calédoniennes.

En certaines circonstances, il est salutaire, me semble-t-il, d’avoir le courage intellectuel de souligner les incohérences et les dérives d’un système dans le but de parfaire ses rouages pour le bénéfice du plus grand nombre. Je reconnais bien l’honnêteté intellectuelle de Christophe Augias qui accueille à bras ouverts ce type de débats littéraires afin de faire avancer les choses à l’aide d’une dynamique porteuse de changements positifs.

Après avoir vécu l’aventure éditoriale de Un doux petit rêveur (2012) (dont les principales recensions sont disponibles en lien infra) d’un bout à l’autre de la chaîne du livre, j’ai développé une analyse de la condition de l’écrivain insulaire et du livre en Nouvelle-Calédonie qui a pour but de mettre en garde les auteurs aspirants contre les traquenards de l’édition à compte d’auteur, encore appelée autoédition. Il est évident que je n’encouragerai pas l’autoédition dans un monde où le papier se fait de plus en plus rare et où la production littéraire menace l’ordre écologique. Ainsi que pour d’autres raisons comme la saturation du marché des livres évoquée par Gilles Colleu, spécialiste de l’édition.

Les blogs et autres supports électroniques sont des moyens plus efficaces (car potentiellement plus facilement consultables) pour faire connaître ses écrits. Mes conseils ne s’appliquent pas à des professionnels de l’autoédition comme Bernard Suprin, car ses ouvrages sur la flore calédonienne sont remarquables et ne dénaturent pas l’objet livre tel qu’il est produit par les véritables éditeurs. Cela dit, on se demande pourquoi ce passionné de l’édition ne fonde pas une maison d’édition pour élargir son catalogue aux autres auteurs scientifiques. Une autre interrogation légitime : A quoi sert de professionnaliser l’autoédition ? En d’autres termes, pourquoi encourager les gens à écrire, se corriger, s’éditer, se relire, gérer l’impression et la diffusion de leur livre, quand un éditeur est là pour couvrir tous ces aspects techniques de l’édition. Ne vaut-il pas mieux encourager les gens à produire des manuscrits de meilleure qualité afin de les soumettre à un éditeur dans l’espoir d’être publié ?

Il est évident que l’on pourrait tout dire avec la puissance comique des Bataclowns et que les plus inaudibles des vérités deviennent tout à coup très acceptables sous le coup de la dérision. Faire savoir aux invités, lors d’une représentation théâtrale très plaisante, que le SILO est une interminable rengaine de débats reproduits à l’identique depuis une décennie ne va pas dans le sens d’une vile flagornerie. Mais faire une communication critique nécessite un ton plus neutre, une présentation factuelle de constats ou d’observations qui donnent à réfléchir.

J’espère que les pistes fournies fonderont le socle d’une réflexion et à terme d’une réforme qui va bénéficier à l’ensemble de la filière livre en Nouvelle-Calédonie, pour le plus grand plaisir des lecteurs qui n’auront plus à formuler des doléances à mots couverts, à huit clos ou en coulisses.

« Il n’y a point de bonheur sans courage ni de vertu sans combat »

Jean-Jacques Rousseau. Emile ou De l’éducation (1762)

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