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La république des lettres

Lettres, livres & littérature

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Colloque international: Les Océaniens dans la Première Guerre mondiale : Nation, nationalisme et sentiment d’appartenance

La république des lettres —

Amiens (France) 17-19 avril 2014

Rochefort (France) 27-29 mai 2014

(scroll down for English abstract)

http://www.bu.u-picardie.fr/BU/ ww1 Oceania 14-18

"Somewhere between the landing at Anzac and the end of the battle of the Somme, New Zealand very definitively became a nation."

Ormond Burton (1893-1974 ; professeur, ministre et pacifiste)

Le programme de recherche Destins d’Outre-Mer et d’Océanie, 1914-2018 : nation, nationalisme et sentiment d’appartenance (DOMO 14-18) qui veut approfondir la thématique du sentiment d’appartenance suite au colloque Destins des collectivités politiques d’Océanie de mars 2011, organise, en lien avec le centenaire de la Première Guerre mondiale, un colloque international intitulé : Les Océaniens dans la Première Guerre mondiale.

Espace essentiellement maritime, qui justifie pleinement la traditionnelle appellation d’ « Océanie », le « cinquième continent » si différent des autres et si original, se définit d’abord par son immensité. L’Océanie[1], région qui est au cœur de l’étude, englobe au sud de l’Équateur, l’Australie et la Nouvelle-Zélande et l’ensemble des archipels constituant, selon une appellation traditionnelle héritée de Jules Dumont-d’Urville, la Mélanésie[2], la Polynésie[3] et la Micronésie[4]. Les États insulaires privilégient l’appellation de Pacifique Sud, expression qui inclut alors l’archipel des Hawaii, bien qu’il forme à de nombreux égards un cas à part. Ne représentant que des surfaces modestes de quelques km² à quelques milliers de km² (à l’exception de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande), les îles et archipels dispersés au sein de ces solitudes océaniques n’ont pas été épargnés par les grands enjeux internationaux. À la veille de 1914, à l’exception de Tonga, elles sont administrées par des puissances occidentales ce qui les met rapidement et brutalement en contact avec la réalité et les conséquences du premier conflit planétaire.

Le bombardement de la ville de Papeete[5] par deux navires allemands, le 22 septembre 1914, plonge l’Océanie dans la guerre dès les premières semaines du conflit. En s’imposant jusqu’aux îles des antipodes où le temps était censé « suspendre son vol », cette guerre atteint une ampleur mondiale. L’implication des contingents d’outre-mer, parfois massive au regard des chiffres des populations, demeure encore méconnue voire totalement ignorée de l’histoire d’une guerre pourtant largement et longuement étudiée, « et pourrait en constituer un vaste domaine » selon l’historien Jacques Frémeaux qui rappelle « l’acharnement de Clémenceau en 1917 et 1918 à mobiliser les contingents coloniaux »[6]. Les chiffres, signes, symboles, et représentations de cet engagement océanien sont souvent négligés, dispersés ou perdus au milieu d’autres implications, d’autres conséquences, d’autres signes. En conséquence, la part du sud Pacifique dans la Grande Guerre et ses conséquences, et non pas la Grande Guerre en elle-même, constitue l’objet d’un projet pluri-annuel qui s’inscrit dans un programme de quatre ans, appelé Destins d’outre-mer et d’Océanie, 1914-2018 : nation, nationalisme et sentiment d’appartenance. Cet appel à communications qui concerne un premier colloque international à Amiens (France) du 17 au 20 avril 2014 puis à Rochefort (France) le mois suivant, veut dresser un état des lieux d’une question qui, selon Jacques Frémeaux (p. 220) n’est « qu’en apparence « exotique » : les problématiques de l’historiographie récente » s’y appliquant pleinement.

L’effort consenti et ses conditions : Dans un premier temps, s’impose une réévaluation de la place du sud Pacifique dans le conflit, et concerne tant la population autochtone des îles que ses migrants et ses colons dont certains ne quittèrent cet espace géographique que le temps du conflit. Il s’agit du recrutement des hommes et de ses méthodes, (agents, moyens, cadres juridiques, etc.), des statuts et des fonctions exercées (manœuvres[7], combattants, auxiliaires, travail forcé), et bien sûr de l’ampleur démographique de la mobilisation/réquisition, massive au regard des populations insulaires. Ainsi, environ 2 300 Néo-Calédoniens et 900 Tahitiens[8] entrent dans le bataillon des Tirailleurs du Pacifique. Un bilan de l’effort total d’hommes issus tant de l'Empire français que britannique peut-il être établi : hommes incorporés (tués, disparus, prisonniers, blessés), itinéraires suivis, tâches accomplies, lieux de stationnement et de combat, etc. ?

Cependant, produit des représentations d’une communauté, l’histoire ne coïncide pas nécessairement avec la mémoire des communautés. Aussi, ce que retiennent les ressortissants du sud Pacifique de leur part au conflit, de son caractère mondial, vital, des attitudes des élites, des valeurs océaniennes qui justifient ou non leur participation (mobilité, soumission, sens du sacrifice et impôt du sang, tradition guerrière, enjeu de prestige), de leur vison et de la réalité de l’expérience du Front (voyage jusqu’au front, dépaysement, communautarisme, etc.) au travers de leur correspondance, journaux intimes, récits mais aussi d’études postérieures, constitue l’avers de ce premier volet. L’étude possible des itinéraires individuels destinée à renseigner sur les parcours collectifs s’inscriront de préférence dans les méthodologies propres aux historiens, par exemple celles du courant historiographique des post-colonial studies qui veut éviter les raccourcis occidentaux et un euro-centrisme souvent dénoncé.

Le Premier conflit mondial fondateur de la nation : Un second volet porte sur l’impact, voire l’instrumentalisation de la Grande Guerre dans la construction identitaire des îles et des sociétés au cours du siècle (1914-2014). S’avère-t-elle un ancrage historique marquant le début d'une ère nouvelle : la Grande Guerre est-elle par exemple perçue comme la cause d’une rupture de l’homogénéité culturelle sereine (ou au contraire arriérée, oubliée et méprisée des métropoles) concomitante à une ère de modernité ? Au contraire (ou dans le même temps), conduit-elle vers une époque d'instabilité voire de conflits en raison par exemple d'une société devenue (ou perçue comme étant devenue) multiculturelle et/ou polyethnique ? Ouvre-t-elle une ère de reconnaissance sociale/politique pour les sacrifices consentis ou les soutiens apportés ? Le rôle de la Première Guerre mondiale dans la mise en place du sentiment d’appartenance et du nationalisme insulaire retient ici l’intérêt. Si l’on en croit l’exemple de Pouvana a Oopa[9] du Bataillon du Pacifique devenu père du nationalisme en Polynésie française, l’expérience de la métropole et du Front semble nourrir les luttes postérieures de certains « poilus » pour une évolution institutionnelle de leur archipel. Cependant, alors que Tahitiens et Néo-Calédoniens découvrent que la pleine signification de leur appartenance à la France leur impose de venir la défendre sur son sol, pour les Néo-Zélandais et les Australiens au contraire, le conflit constitue la concrétisation de leur existence sur la scène internationale. La Grande Guerre devient-elle le mythe fondateur, objet de fierté et d’orgueil national, et donc le fondement de la construction identitaire de ces nouvelles nations ? Aux cimetières érigés sur place au temps des combats (le rapatriement des corps étant alors impossible), édiles et gouvernements ajoutent des monuments aux morts et des mémoriaux. Une importante « diplomatie mémorielle » notamment australienne et néo-zélandaise s’est mise en place en Belgique, en Grèce ou en Turquie, mais aussi et surtout dans la Somme en France. Ce volet se consacre aux héritages du premier conflit mondial en Océanie, son poids dans ses transformations, le sens donné à cet événement et les variations des constructions identitaires. Les pèlerinages sur le Front dès 1919, les signes et symboles et représentations symboliques propres à l’Océanie, la politique de l’image mémorielle et les « usages politiques du passé », l’esthétique de la mémoire matérielle et de la construction identitaire, le patrimoine et le tourisme de mémoire constituent un échantillon non exhaustif des thématiques possibles.

La place du sud Pacifique dans la Guerre peut aussi s’apprécier au travers des productions culturelles réalisées entre 1914 et 2018. La littérature, l’image fixe ou animée, ou encore les faits de langues permettraient également de déterminer l’effort de guerre du Pacifique Sud. Fictions, autobiographies, bandes dessinées, photos privées, presses illustrées nationales ou internationales, presse de propagande, œuvres d’art, imagerie populaire ou l’argot des tranchées peuvent traduire les auto-représentations des spécificités des Océaniens : solidaires et loyaux ou interdits de permission/désertion par l’éloignement, inadaptés au froid, objets du racisme/de sacrifices excessifs sans oublier l’approche occidentale des traits océaniens (le mythe de la barbarie des coloniaux, leur assignation aux bataillons d’étapes ou au contraire aux bataillons de combat, l’édition de journaux spéciaux et/ou de courriers pour combler l’éloignement). Les représentations sociales de l’Océanie et des Océaniens dans le conflit, avant, pendant et après l’événement, en fonction des époques comme des espaces préciseront la perception des Océaniens dans la Grande Guerre. Certaines communications pourraient prendre place dans le courant historiographique des visual studies, représentations – littéraires, historiques, cinématographiques, iconographiques – de l’autre.

Le projet met l’Océanie au centre de la scène du théâtre du conflit et les communications ne devront aborder qu’à la marge la guerre elle-même. Ce premier colloque destiné à mesurer le poids de la Première Guerre mondiale, sans omettre les problèmes internes qu’elle génère (révoltes des autochtones, francisation, maintien de l'ordre par les gouverneurs, problèmes sociaux, tensions et adaptations pour d'aussi faibles populations au départ massif d'hommes jeunes), tente d’inventorier les études existantes, de combler les lacunes historiographiques mais aussi d’engager une véritable perspective comparatiste à travers l’espace et le temps afin que l’approche monographique et surtout descriptive cède la place à une étude d’ensemble, dans un va-et-vient entre histoire et mémoire, entre global et local. Il s’agit moins de dresser une typologie des différentes îles et sociétés du Pacifique, mais, à l’aune de leur diversité, de conduire une réflexion sur la manière dont ces îles se sont/ont été impliquées dans la Grande Guerre, comment s’est façonné un « atlas mental » de cette implication tant en Océanie qu’en Occident, et quels en sont les héritages. La construction des identités nationales et des mythes nationaux (objets politiques, sociaux, culturels voire économiques) à laquelle ont pu contribuer les champs intellectuels (littéraires, artistiques) et politiques est au centre de cette histoire. Selon les propos de Françoise Vergès[10] il ne s’agit « pas de pieuse invocation de la mémoire, mais une écriture de l’histoire ouverte aux réinterprétations, aux découvertes, aux relectures ».

Modalités de participation
Appel à publication
Calendrier
Comité scientifique :

[1] Luc Vacher, Sarah Mohamed-Gaillard, Fabrice Argounès, Atlas de l’Océanie, Paris, Autrement, 2011.

[2] La Mélanésie aussi appelé l’espace des îles noires par référence aux grandes terres volcaniques qui la composent, comprend la Nouvelle-Calédonie, le Vanuatu anciennement Nouvelles-Hébrides, la Papouasie Nouvelle-Guinée, Fidji et les îles Salomon.

[3] La Polynésie est l’espace des îles nombreuses et dispersées. Le triangle polynésien qui s’étend au Nord jusqu’à Hawaii, au Sud-est à Rapa Nui et au Sud-ouest à la Nouvelle-Zélande comprend la Polynésie française, Wallis et Futuna, les îles Cook, Niue, Pitcairn, Samoa, les Samoa américaines, Tokelau, Tonga, Tuvalu ex-îles Ellice.

[4] La Micronésie ou aire des petites îles émiettées comprend Nauru, Palau, les îles Marshall, les Mariannes du Nord, Guam, les États Fédérés de Micronésie et Kiribati ex-îles Gilbert.

[5] Voir les clichés de Lucien Gauthier, Bombardement de Tahiti, 1914.

[6] Jacques Frémeaux, « Les contingents impériaux au cœur de la guerre », Histoire, économie et sociétés, 2004, n°2, p. 215-233, p. 215.

[7] L’enrôlement de la main-d’œuvre chinoise dont témoigne le cimetière de Nolette en Picardie.

[8] Voir Sylvette Boubin-Boyer, « Communautés calédoniennes et guerres mondiales », in J.-Y. Faberon, V. Fayaud, J-M Regnault, Destins des collectivités politiques d’Océanie, Aix-en-Provence, PUAM, 2011, p. 593-603 ; Corinne Raybaud, Les EFO pendant la Première Guerre mondiale, Papeete, 2011.

[9] Catherine Vannier, Jean-Marc Regnault, Le Metua et le Général, un combat inégal, Éditions de Tahiti, 2009.

[10] Les Guerres de Mémoire, Paris, éd. La Découverte, 2008.

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