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La république des lettres

Lettres, livres & littérature

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CRITIQUE de Laurence Biava sur le métier de critique littéraire

La république des lettres —
CRITIQUE de Laurence Biava sur le métier de critique littéraire

Réflexion (toute personnelle) sur le métier de « Critique littéraire », après les recensions de « La vie critique » d’Arnaud Viviant et de « Pour un renouveau de l’émotion en littérature » de Jean-François Vernay.

Alors, la critique littéraire est-elle une critique impressionniste à la Julien Gracq, une critique explicative à la Pierre Bayard, une critique comme une valeur ajoutée à la Roland Barthes, une critique inductive, telle que la percevait Jean-Paul Sartre ? Tout cela à la fois. Et puis tant d’autres choses encore… Sur ce thème bien précis c’est encore Guy de Maupassant qui était le plus disert. Dès 1887, il écrivait :

« Il faut que sans parti pris, sans opinions préconçues, sans idées d’école, sans attaches avec aucune famille d’artistes, le (la) critique comprenne, distingue, et explique toutes les tendances les plus opposées, les tempéraments les plus contraires, et admette les recherches d’art les plus diverses ».

Saisir dans son ensemble toutes les théories approchées pour appréhender le fondement de la critique littéraire n’est pas forcément chose aisée. Cette notion, ou plus exactement ce champ d’étude, n’est pas abordé en tant que tel dans les études littéraires secondaires ; on y enseigne les auteurs de la littérature, on y lit des œuvres, on apprend aussi des éléments d’histoire littéraire et l’on s’initie au classement des œuvres par genre (épistolaire, roman, poésie, théâtre, autobiographie…). On n’a pas à se demander quelle est l’essence de la critique. Cependant si la critique ne fait pas l’objet d’une approche théorique, au terme de laquelle on se demande ce qu’est la critique littéraire, il est vrai qu’on la pratique cependant sous la forme scolaire du commentaire composé, de la lecture analytique… Oui, dès le secondaire, on parle des œuvres, on écrit sur des textes, on réfléchit à propos d’un poème, d’une scène ou d’un personnage romanesque… Sur, à propos de… Toutes ces prépositions indiquent bien que l’on est conditionné dès l’adolescence à construire un discours second et élaboré à partir de…, on commente, on apprécie, on observe, on juge éventuellement une construction textuelle. Personne, et surtout pas les anciens élèves ou enseignants que nous formions, ne peut ignorer que les écrits littéraires ont donné lieu à toutes sortes de commentaires. La seule œuvre de Shakespeare a ainsi suscité une telle pléthore de gloses qu’une vie suffirait à peine pour les lire. Une bibliographie critique des œuvres de Racine occuperait plusieurs volumes entiers. Depuis les années 1980, il me semble que cette inflation de livres et de critiques est vertigineuse et pourrait finir par susciter un sentiment de découragement, d’inanité. Aujourd’hui, à l’heure où tout semble se valoir, se superposer, où chacun y va de ses remarques faisandées, où tout le monde écrit à peu près sur tout en se revendiquant romancier ou écrivain, et lit également à peu près tout, du livre « grand public » à l’ouvrage moins formaté, bon ou mauvais, en quête d’un lectorat fervent, on peut se demander à quoi sert une critique ? A l’heure actuelle, comme l’écrit Jean-François Vernay, la critique professionnelle d’un livre se donne pour mission essentielle d’interroger le texte : c’est une activité qui ne conduit ni à transmettre le goût de la lecture, ni à partager son amour des lettres. Il existe même – on le sait – une sensualité sensorielle de l’objet-livre – la séduction de la couverture, la caresse du grain de papier, le parfum des pages, le murmure des mots, dont on parle fort peu, qui intervient en premier lieu dans cette étude du texte et indique un érotisme de la chose littéraire que – il faut bien le reconnaître – les tablettes technologiques auront tôt fait d’estomper, voire d’occulter.

Ces interrogations sont également prégnantes dans le dernier très bon livre d’Arnaud Viviant où le narrateur campe un double quelque peu désenchanté et pourtant passionné. Oui, à quoi bon, n’est-ce pas ? Cette activité critique surabondante et qui s’accroît de jour en jour, est-elle bien utile ? Et ne pourrait-on pas se dispenser de ce long détour ? Que fait-on exactement d’ailleurs lorsque l’on porte un regard critique sur une œuvre ? Qu’est-ce qui fonde la légitimité de ce discours ? Y a-t-il de bonnes ou de moins bonnes manières de soumettre une œuvre à la critique ? ou du moins comment notre discours sur une œuvre peut-il espérer lui apporter ce qu’elle n’a pas ?

[...]

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Laurence Biava

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