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La république des lettres

Lettres, livres & littérature

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Recension: Freud avec les écrivains, Edmundo Mango & J.B. Pontalis

La république des lettres —

Freud avec les écrivains, Gallimard, coll. Connaissance de l’inconscient, 2012, 400 p. 21 €

Ecrivain(s): Jean-Bertrand Pontalis Edmundo Gomez Mango Edition: Gallimard

Œuvre-testament de feu Jean-Bertrand Pontalis (1), Freud avec les écrivains conjugue le goût pour l’écriture littéraire et la psychanalyse, deux passions que partage également Edmundo Gómez Mango, co-auteur de l’ouvrage. Afin de ne pas donner du grain à moudre aux détracteurs les plus radicaux qui accusent volontiers la psychanalyse de n’être que littérature, on comprend aisément qu’un livre rédigé de la main de deux psychanalystes et qui fait l’état des lieux et des indéfectibles liens entre la fiction et le freudisme ait tardé à paraître. Mais le voilà enfin, pour le plus grand bonheur des littéraires, entre autres.

Bibliophile averti et écrivain au style remarquable, au point de recevoir le Prix Goethe en 1930, Freud est connu pour ses analyses pénétrantes de textes canoniques tels Hamlet et Le marchand de Venise. Outre Shakespeare, il fut aussi intellectuellement stimulé par la plume de grands auteurs comme Fiodor Dostoïevski, Friedrich von Schiller, Johann Wolfgang von Goethe, E.T.A. Hoffmann, Heinrich Heine, Thomas Mann et Stefan Zweig, sans parler des écrivains qu’il cite dans Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905). Les auteurs de Freud avec les écrivains ont certes choisi d’invoquer les plus connus cités supra, mais ils abordent aussi des noms moins évocateurs à l’oreille du lecteur francophone contemporain tels Arthur Schnitzler, Romain Rolland (pourtant consacré prix Nobel de Littérature en 1915), Arnold Zweig, pour ne citer qu’eux.

D’aucuns considèrent que la littérature, production de l’esprit, et la psychanalyse, « anatomie de l’esprit » (2), sont si contigües que leur rivalité s’exprime dans leur capacité commune à éclairer la compréhension des motivations psychologiques de l’être humain. Il faut avouer que pendant longtemps la littérature et la psychanalyse ont été présentées comme deux disciplines qui se disputeraient l’obtention d’une chaire au Collège de France. Dans les années 70, Marthe Robert évoquait cette rivalité entre le romancier et le professionnel de la psyché avec une grande acuité :

« En général d’ailleurs, le roman et la psychologie entretiennent des rapports assez mal définis. En tant que spécialiste incontesté des affaires de cœur et de toutes celles qui en dépendent plus ou moins, le romancier se sent au fond très supérieur au psychologue de profession, lequel par chance est trop persuadé de son incompétence sur ce terrain pour se risquer à le détromper. Ayant reçu le don gracieux de pénétrer les âmes et de rendre ce qu’il découvre dans une vision totale de l’intériorité, le romancier ne montre guère d’intérêt pour les connaissances qu’il pourrait encore acquérir de ce côté, ou s’il lui arrive d’y regarder de plus près, ce n’est pas pour se donner le moyen de compléter, d’approfondir ou de corriger ses caractères et ses conflits, mais tout au plus pour enrichir sa population d’un personnage de psychologue ou de psychiatre dont l’esprit borné et l’impuissance servent le plus souvent de repoussoir à la profondeur d’âme du héros (jamais ce personnage n’est aussi mal traité que sous les espèces du psychanalyste […]) » (3).

Ce n’est pas mon propos de débattre de la validité de la psychanalyse, mais je tiens à préciser que l’on peut et que l’on doit contester Freud, car il appartient à tout le monde – et a fortiori au lecteur averti – d’exercer « ce droit d’inventaire » (4) pour faire la part des choses. Mais rejeter en bloc ce système de pensée serait regrettable d’autant plus que, de nos jours, la psychanalyse est à bon droit davantage associée aux lettres et à la philosophie qu’elle ne l’est à la psychiatrie ou à la psychologie. C’est donc avec une pointe d’ironie que l’on apprend sous la plume d’Edmundo Gómez Mango que « Freud partageait avec Heine le dédain condescendant pour les philosophes constructeurs de systèmes » (164) en lesquels le psychanalyste viennois voyait des boucheurs de trous. Car lui-même, érigé en philosophe en France comme outre-manche (Voir par exemple les entrées qui lui sont consacrées dans La Philosophie de A à Z et dans The Cambridge Dictionary of Philosophy), bâtisseur d’un véritable système de pensée autonome, « bouche les trous ». Pontalis dira plus loin :

« L’analyse – d’où son nom – n’est pas simple exhumation ; qu’elle interprète ou reconstruise, elle opère sur des éléments disjoints, elle remanie un passé, lui-même aussi loin, aussi profond qu’on aille, déjà soumis à des remaniements : déjà fiction. Rien de moins proustien que Freud… » (210).

Pour lIre la suite, voir lien infra.

Jean-François Vernay

D’aucuns considèrent que la littérature, production de l’esprit, et la psychanalyse, « anatomie de l’esprit » (2), sont si contigües que leur rivalité s’exprime dans leur capacité commune à éclairer la compréhension des motivations psychologiques de l’être humain. Il faut avouer que pendant longtemps la littérature et la psychanalyse ont été présentées comme deux disciplines qui se disputeraient l’obtention d’une chaire au Collège de France.

Jean-François Vernay in La Cause littéraire

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